Construction collective de la nouvelle civilisation du futur pour l’humanité (II)

2017/10/10



Construction collective de la nouvelle civilisation du futur pour l’humanité

Discours prononcé à la Conférence Internationale de la Paix au siège de l’UNESCO, à Paris, France, le 26 septembre 2017


1. Le monde perdu où règna la Grande Concorde de l’humanité

La paix reste un rêve permanent de toute l’humanité. Il y a plus de 2000 ans, les chinois rêvèrent d’un monde pacifique où règnerait la « Grande Concorde », tout comme indiqué ci-dessous : « Quand la vertu prévaut, le monde est comme une communauté partagée par tous. Les hommes vertueux et compétents sont choisis comme chefs, l’honnêteté et la confiance sont promues et le bon voisinage est cultivé. Les gens respectent et aiment leurs propres parents et enfants, ainsi que les parents et les enfants des autres. Les personnes âgées sont pris en charge jusqu'à la mort, les adultes sont employés dans des emplois qui tirent pleinement partis de leurs capacités, les enfants sont bien éduqués et les veuves et veufs, les orphelins, les vieux sans enfants, les handicapés et les malades sont tous bien soignés. Tous les hommes et toutes les femmes ont leur rôle à jouer dans la société et dans la famille. Ils détestent voir le gaspillage de ressources, et pourtant ils ne les suivent pas nécessairement pour eux-mêmes. Ils détestent ne pas faire usage de leurs capacités, mais ils ne fonctionnent pas nécessairement pour leur propre intérêt. Ainsi, les intrigues et les complots ne se posent pas, le vol ne se produit pas, et les portes ne sont jamais verrouillées. C’est le monde idéal appelé « Da-Tong » (la Grande Concorde). »


Plus de 2000 ans plus tard, l’élaboration et l’adoption par les Nations Unis du « programme de développement durable » expose la vision d’un monde pacifique et moderne pour l’humanité : « Nous sommes résolus à libérer l’humanité de la tyrannie de la pauvreté et du besoin, à prendre soin de la planète et à la préserver. Nous sommes déterminés à prendre les mesures audacieuses et porteuses de transformation qui s’imposent d’urgence pour engager le monde sur une voie durable, marquée par la résilience. Et nous nous engageons à ne laisser personne de côté dans cette quête collective. » Cette vision grandiose trace à peu près le profil du monde de la Grande Concorde recherché par les anciens.


Mais dans le monde réel, l’humanité est confronté aux crises sans précédent : pollution de l’environnement, déséquilibre écologique, pénurie d’énergies, situations épidémiques, déchaînement des crises financières, différentiation entre riches et pauvres, manque de foi, déclin de la moralité, conflits religieux, génocide et terrorisme, éclatement de guerres, menace des armes nucléaires, etc… comme jamais auparavant dans l'histoire de l'humanité, nous sommes confrontés à de nombreux problèmes et difficultés à l’échelle mondiale qui influenceront le destin commun de l’humanité.


L'immense écart entre le monde réel et le monde idéal nous pousse à réfléchir sur la question suivante : comment dans son développement, l’humanité a-t-elle pu manquer la réalisation du monde de la Grande Concorde ?


La Grande Concorde ne veut pas dire perte d’identité, ni la mise en place d’un ordre hiérarchique à l’échelle mondiale. En revanche, elle signifie la « coexistance dans les différences », que toutes les différences se fusionnent sous le règne de la vertu, comme les rivières s’unissent à la mer et comme les étoiles illuminent le ciel. Bien que les anciens et les gens modernes, les orientaux et les occidentaux aient des explications différentes sur la vertu du fait de leurs propres points de vue, la nature de la vertu s’oriente toujours vers une commune vérité. Chaque pas que l’humanité fait vers le monde de la Grande Concorde est aussi une approche vers le monde de la vérité. Cela signifie que la perte du monde de la Grande Concorde est la chute de l’humanité du monde de la vérité.


Le monde de la vérité est toujours niché dans la vie et dans le monde intérieur des êtres humains. Les activités ordinaires des êtres humains servent de pistes pour se rapprocher du monde de la vérité. Faire témoin de la vérité tout au long de la vie et refléter la valeur de la vie avec la vérité restent le sens fondamental et le but ultime de l’existance humaine. Dans leJuste Milieu, le grand philosophe classique du confucianisme a dit : « Le mandat du ciel s'appelle nature rationnelle ; le principe qui nous dirige dans la conformité de nos actions avec la nature rationnelle, s'appelle règle de conduite morale ou droite voie ; le système coordonné de la règle de conduite morale ou droite voie, s'appelle Doctrine des devoirs ou Institutions. La règle de conduite immorale qui doit diriger les actions est tellement obligatoire que l'on ne peut s'en écarter d'un point, un seul instant. Si l'on pouvait s'en écarter, ce ne serait plus une règle de conduite immuable. » Il est cité de même dans leTimée de Platon, « Ce qu'il y a de divin en nous est de la même nature que les mouvements et les cercles de l'âme du monde. Il faut donc que chacun de nous, à l'exemple de ces cercles, corrige les mouvements qui sont déréglés dans notre tête dès leur origine même, en se pénétrant de l'harmonie et du mouvement de l'univers ; qu'il rende l'esprit qui conçoit conforme à l'objet conçu, comme cela devait être dans l'état primitif, et que par cette conformité il soit en possession de la vie la plus excellente que les dieux aient accordée à l'homme pour le présent et pour l'avenir. » Quant au bouddhisme, il est d’autant plus une discipline sur l’« illumination intérieure », basé sur l’éveil du monde intérieur pour découvrir la vérité de l’univers et de la vie, soit celle de la coexistance de la coproduction conditionnée et le vide, afin de sortir et d’assister les autres à sortir des peines et des entraves de la vie, pour arriver au nirvana, état suprême de la vie représenté par la perfection, l’aisance et la véritable paix.


La religion et la philosophie, voire même la science, sont toutes liées à la vertu et à la croyance. On peut citer qu’au 6ème siècle, les néoplatoniciens reconnurent que « la valeur de la physique ne repose pas seulement sur l’approvisionnement de théories aux différentes techniques comme la médecine et la mécanique, mais aussi sur le fait qu’elle assite la vertu pour conduire la raison, qui est la partie supérieure de l’âme, vers la perfection. Elle servent d’échelles pour connaître les dieux et leurs concepts et elle éveille chez nous la dévotion et la reconnaissance envers les dieux. » L’objectif commun de perfectionner la vertu et de découvrir le monde de la vérité mettra  tout cela en cohérence. Cet ultime objectif construit le modèle du monde de la Grande Concorde et sensibilise les peuples de différentes ethnies, civilisations et religions à découvrir la vérité à travers l’introspection et l’illumination intérieure pour s’approcher de la double « Grande Concorde » du monde et de la vie : la perfection et la paix.


2. Opposition binaire entre le monde transcendant et le monde séculier

Sous le modèle du monde de la Grande Concorde, le corps d’un être humain s’intègre avec son esprit, la civilisation orientale converge avec la civilisation occidentale, et l’ensemble de la civilisation humaine se base et s’oriente vers l’éveil intérieur et la perfection de la vie plutôt que  l’accumulation des connaissances extérieures, la rénovation technologique, la croissance économique et le bonheur apporté par le confort matériel. Depuis les temps modernes, le monde spirituel portant la vérité, la vertu, l’intellect et les bonnes valeurs s’éloigne de plus en plus du monde matériel réel, la science elle-même abandonne les préoccupations morales et les considérations de valeurs. L’amélioration matérielle empêche la perfection spirituelle. Le corps et l’esprit des êtres humains s’en trouvent divisés. L’orient et l’occident sont confrontés aux soit-disant « confilits culturels », dont les acteurs ne sont pas les cultures orientale et occidentale, mais les valeurs modernes et traditionnelles. Donc ce ne sont plus des conflits culturels des civilisations, mais des crises mondiales provoquées par la modernité. Le monde moderne s’avance de cette manière.


Les crises du monde actuel retrouvent leurs origines dans le prototype de la culture occidentale, enracinée dans l’opposition dualiste entre subjectivité et objectivité : l’objectivité de Dieu s’opposa avec la subjectivité humaine. La divinité se différencia d’avec la nature humaine; le monde religieux s’éloigna du monde profane; et il fut difficile de les concilier. Ainsi, lorsque l’on se convertit au monde de la vérité, la nature humaine fut souvent réprimée, voire éliminée. Cela atteignit son apogée au cours de la ténébreuse période du moyen âge. Quand la Renaissance, la Réformation protestante et les mouvements du Siècle des lumières renversèrent le règne du droit divin, la subjectivité humaine fut mise à une hauteur sans précédent dans l’histoire. La nature humaine, les droits de l’homme, la rationalité étant fortement préconisés, les valeurs d’un être humain ne se traduisirent peu ou point par la reconnaissance divine ou du monde de la vérité, mais seulement par ses propres activités créatives et sa volonté personnelle. La répression du soi préconisée au moyen-âge fut remplacée par l’ auto-indulgence, et le rejet du soi se transforma en égoïsme féroce. Ainsi se développa le matérialisme, l’individualisme, l’anthropocentrisme, l’ethnocentrisme, l’hégémonisme culturel, et les facteurs nuisibles à la paix du monde surgirent sans cesse.


Suite aux différentes révolutions techniques, la créativité des êtres humains croït de manière exponentielle. La préoccupation essentielle des gens s’est tournée vers leurs propres connaissances, leurs compétences et l’enrichissement personnel au détriment de la vertu et l’éveil de sa conscience intérieure. À l’avènement de la quatrième révolution industrielle, les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, les données massives et la biotechnologie, auront un impact encore plus « perturbateur » sur la production, le mode de vie, voire la conception des valeurs de l’humanité. Les illégalités deviendront probablement plus importantes dans ce monde. La progression technique sans tenir compte des dimensions transcendantes emportera l’humanité dans un aveuglement ultime de son développement. Les êtres humains, au travers de leur expérience de « l’ultime confiance en soi » envers la création et les moyens technologiques pour créer et contrôler le monde, ressentent une perte de sens et un énorme vide mental.


Dans ce monde reconnu « séculier », le développement durable et la paix durable dans le monde seraient réalisables sous conditions d’introduire ces facteurs clés : Permettre de se réintégrer le monde transcendant dans le monde séculier, ou bien construire un nouveau monde transcendant dans le monde séculier; dissoudre l’opposition binaire entre le monde transcendant et le monde séculier pour construire une nouvelle ère d’intégration et de subjectivité de la conscience intérieure; guider la subjectivité des êtres humains vers l’éveil et le détachement intérieurs, au lieu de l’exploitation sans fin, la conquête et le contrôle interminables du monde extérieur. (A suivre)

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